Les 4 générations d’architecte Cordonnier: biographie

La famille Cordonnier a donnée à la région du Nord 4 générations d’architecte au milieu du XIXe siècle jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, Ces bâtisseurs surent étendre leur influence hors de leur milieu initial.

Le premier Jean Baptiste démarra son activité auprès des décideurs politiques et religieux lillois. Le second Louis le plus célèbre poursuivit l’approche paternelle en utilisant en outre les concours internationaux et les expositions universelles pour étendre son rayon d’action, “Cette stratégie lui permit d’obtenir d’amples commandes et, surtout, de dépasser les clivages Paris-province. Efforts aboutissant à son élection à l’Institut de France, puis à son rôle national dans la reconstruction après la Première Guerre mondiale”. Les deux derniers Louis Stanislas et Louis Constantin ont poursuivi les travaux initiés , dans une période très différente.

Une constante dans les œuvres , c’est une signature souvent commune, associant deux générations, successivment , Jean Baptiste et Louis-Marie, Louis Marie et Louis Stanislas, et parfois les 3 Louis-Marie, Louis Stanislas et Louis Constantin.

Né à Haubourdin (Nord), Jean-Baptiste Cordonnier (1820-1902 ) est à l’origine de cette lignée d’architectes. Petit-fils d’un fermier, fils d’un marchand tonnelier,“il a un parcours typique des évolutions sociales du XIXe siècle, où l’acquisition de terres après la Révolution leur permit ainsi d’accéder peu à peu au statut d’une bourgeoisie moyenne“. On le retrouve ainsi sur les bancs à l’Ecole des beaux arts de Paris, ou il décrocha en 1848 le Grand Prix de Rome.

“Revenu dans sa commune natale, Jean Baptiste Cordonnier devient aussitôt architecte départemental. Son bref cursus parisien lui attira la bienveillance de notables locaux, dont le comte d’Hespel, qui lui commanda en 1849 un cossu manoir à Wavrin. Bientôt maire et conseiller cantonal, celui-ci fut selon toute vraisemblance le premier protecteur de l’architecte. Devenu député et sénateur monarchiste, Hespel pourrait en effet avoir joué un rôle dans les premières commandes publiques de Jean-Baptiste Cordonnier : l’asile d’aliénés d’Armentières en 1860, puis, entre 1865 et 1886, les églises d’Haubourdin, Laventie, Merville et Caudry. L’architecte y emploie un style néo-gothique adapté aux ressources de la région, les briques. Cette adaptation de modèles nationaux aux conditions locales lui assura une position professionnelle en vue, qui l’amena à participer à la fondation de la Société des architectes du Nord en 1868. Décédé en 1902, il est obtient au terme de son parcours, une double reconnaissance ; régionale et nationale, avec l’aide de son fils”.

1854-1940 Louis-Marie Cordonnier

Louis Marie Cordonnier né en 1854, suivit les traces paternelles, étudiant à l’École des beaux-arts de 1875 à 1880 avec une scolarité brillante.“Cependant, Jean-Baptiste Cordonnier semble avoir pressé son fils de mettre un terme à ses études, pour revenir l’assister sur le chantier de la mairie de Loos en 1881.Cet édifice, souvent brandi comme précurseur du régionalisme néoflamand, paraît avoir été signé par les deux architectes. Le dispositif du beffroi à la flamande devint un trait récurrent des œuvres municipales du fils. Quel que soit le degré de paternité, l’encore modeste mairie de Loos marqua le passage de relais entre les deux générations, Louis-Marie Cordonnier fondant sa propre agence en 1884”.

Louis Marie (1854) va étendre rapidement son action au delà de la région. Déjà, son installation à Lille – préfecture du Nord et grand centre industriel – dénotait le désir d’œuvrer dans un milieu où les occasions professionnelles étaient plus nombreuses. Par ailleurs, ce début d’affirmation professionnelle s’étendit vite hors des frontières nationales, car, en 1885, Louis-Marie Cordonnier concourut pour la nouvelle Bourse d’Amsterdam. Il gagna le concours avec un éloquent ensemble néoflamand, mais dont l’exécution lui échappa au profit de son confrère néerlandais Hendrik Berlage (1856-1934). Pas refroidi par cette rebuffade, il persévéra en 1887, en adressant un projet pour l’achèvement de la façade de la cathédrale de Milan, en Italie. Il se vit alors récompensé d’un prix par le jury. De tels essais d’envergure montrent un architecte désireux non seulement de faire ses preuves, mais aussi d’être remarqué par la communauté professionnelle européenne.

Au début du XXe siècle, la stratégie des concours de Louis-Marie Cordonnier finit par être doublement couronnée de succès. Au niveau international, en 1905 il gagna le très médiatisé concours pour le palais de la Paix à La Haye avec un projet très néo-flamand, qui flatta les particularismes néerlandais, l’emportant face à des confrères du milieu germanique, Cette commande, qui permettait d’affirmer la présence française dans l’une des premières grandes institutions internationales, lui valut d’être élu membre de l’Institut en 1911. Dignité jusqu’ici jalousement gardée par des prix de Rome, qui lui permit aussi de participer aux jurys examinant les projets des étudiants à l’École des beaux-arts. Déjà actif auprès de la Société des artistes français, il en prit la vice-présidence en 1909. Après avoir intégré dès ses débuts la Société des architectes du Nord, il rejoignit, en 1912, les rangs de la Société centrale des architectes, plus importante. Il cumula donc avec habileté de grandes commandes municipales dans le nord de la France – dont l’hôtel de ville de Dunkerque en 1895 – et des activités ou des titres lui permettant d’agir sur la scène nationale.Son œuvre est impressionnante. Il décède en 1940.

Louis Stanislas Cordonnier (1884-1960)

Louis-Stanislas Cordonnier fit l’essentiel de sa carrière dans la ligne de son père. Il cosigna toutes les églises construites par celui-ci après la Première Guerre mondiale (Armentières, Bailleul, Béthune, Laventie, Merville, etc.), coopérant aussi à la reconstruction des mairies de ces communes, sans oublier l’important chantier du mémorial Notre-Dame de Lorette et le siège de la compagnie des mines de Lens. Les éléments Art déco de tous ces édifices sont probablement la marque personnelle de Louis-Stanislas dans ces constructions. Sa participation plus personnelle au projet de remodelage urbain de Lille avec Jacques Gréber (1882-1962) en 1922 ; et l’envoi de 1931 pour le concours du complexe hospitalier lillois – . Là, Louis-Stanislas chercha à s’adapter aux évolutions stylistiques, l’ensemble sanitaire montrant même un certain intérêt pour les recherches contemporaines.

La carrière de Louis-Stanislas se poursuivit avec son fils, Louis “Constantin” (1913-2007). Lui aussi démarra en 1935, sa formation à l’École régionale d’architecture lilloise, mais le second conflit mondial retarda ses études, et il ne fut diplômé qu’en 1946. Devenu à son tour associé de son propre père, il participa notamment aux ajouts de l’hôtel de ville dunkerquois, et finalisant le chantier de la basilique à Lisieux. Constantin Cordonnier contribua encore aux travaux sur les mairies d’Armentières et de Bailleul. De même, après la destruction massive de la guerre, il reconstruisit plusieurs des villas d’Hardelot, petite station balnéaire dont Louis-Marie Cordonnier avait tracé le plan d’urbanisme et bâti les premières maisons au début du XXe siècle.

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